Potosi

Potosi, considĂ©rĂ©e comme la ville la plus haute du monde (4070m) est surtout connue pour ses mines d’argent. De nombreux voyageurs s’arrĂȘtent ici pour les visiter. Elles furent exploitĂ©es par les prĂ©-colombiens, mais l’arrivĂ©e des espagnols en a fait une vĂ©ritable industrie. Plus de 30 000 tonnes d’argent furent extraits pour ĂȘtre envoyĂ© en Europe, entre 1535 et 1850
 et plus de 8 millions de mineurs (surtout des esclaves africains venus renforcer la main d’Ɠuvre) en sont morts. Les conditions Ă©taient infernales : les mineurs passaient environ 4 mois d’affilĂ© sous terre, et il fallait leur bander les yeux Ă  la sortie car le soleil les aveuglaient.

Aujourd’hui, les mines sont toujours exploitĂ©es, les conditions de travail sont presque inchangĂ©es et le matĂ©riel est toujours aussi archaĂŻque. Les 12 000 mineurs de Potosi trouvent encore de l’argent mais surtout du zinc et de l’étain, dans les 90 km de galeries que compte la montagne.

On a beaucoup hésité avant de visiter les mines :

-Pour des raisons Ă©thiques : N’est-ce pas cautionner (voir encourager) le travail des enfants dans les mines en visitant ? N’est-ce pas cautionner les conditions de travail infernales ? Y at’il un retour de ce tourisme pour les mineurs ? N’est-ce pas un peu une sorte de voyeurisme ? N’est-ce pas malsain ?

Pour des raisons de sĂ©curité : Les mines sont dangereuses. Les tempĂ©ratures varient du nĂ©gatif Ă  +45°C On peut y respirer des poussiĂšres de silice (principale raison de la mort des mineurs), gaz arsĂ©nique, vapeurs d’acĂ©tylĂšne et dĂ©pĂŽts d’amiante. La visite est donc fortement dĂ©conseillĂ©e aux asthmatiques (comme nous deux) et aux claustrophobes. De plus, les mineurs utilisent des explosifs et il arrive que les tunnels s’effondrent


Vous comprendrez donc notre hésitation


On a choisi d’aller discuter avec un guide, le plus rĂ©putĂ© semble-t-il, car c’est un ancien mineur, trĂšs respectueux de ces anciens collĂšgues, et qui milite en faveur de l’amĂ©lioration des conditions de travail dans les mines. Nous parlons longuement avec lui, en lui faisant part de nos craintes. Il nous certifie que sa coopĂ©rative reverse une partie du prix de la visite aux mineurs, et que c’est une façon d’aider les mineurs. Par ailleurs, avant la visite, il est de coutume que les visiteurs achĂštent des cadeaux pour les mineurs : feuille de coca, cigarettes, boissons alcoolisĂ©s ou non, etc


Il nous rassure en nous promettant de ne jamais nous mettre en danger, et qu’on pourra sortir de la mine à tout moment si on ne se sent pas bien.

Nous nous décidons à visiter les mines le lendemain et nous ne sommes que tous les deux avec notre guide, Julio.

AprĂšs un premier arrĂȘt pour s’équiper : casque, combinaison, frontale, bottes, on se rend au marchĂ© des mineurs pour y acheter les fameux cadeaux : Julio nous conseille d’acheter des feuilles de coca et 2 bouteilles de jus de fruits.

Nous reprenons la route vers l’entrĂ©e de la mine. Devant l’entrĂ©e, Julio nous prĂ©sente Ă  des mineurs et nous raconte leur quotidien : avant de rentrer dans la mine, les mineurs mĂąchent une quantitĂ© Ă©norme de feuille de coca, ce qui leur permet de rester Ă©veillĂ©s et d’ĂȘtre en alerte permanente face Ă  de potentiels risques. Chaque groupe de 3 ou 4 mineurs rentre dans la mine vers 4h du matin pour en sortir vers 19h. Le week-end, les mineurs vont vendre leur production de la semaine Ă  la raffinerie, qui leur achĂšte Ă  un prix qui varie tous les jours, dĂ©fini par la bourse de Londres.

Juste avant de rentrer dans la mine, nous voyons un mineur blessĂ© en sortir : un chariot rempli de roche (environ 1000 kg) l’a percutĂ©, les autres mineurs n’ont pas rĂ©ussi Ă  freiner le chariot assez vite.

Julio nous dit que c’est un accident mineur et qu’il a eu de la chance. Des accidents bien plus graves se produisent. Rassurant juste avant de rentrer


L’entrĂ©e de la mine

Bref, on allume nos frontales, et c’est parti. On marche presque 1 km  dans un tunnel trĂšs Ă©troit : impossible de se tenir droit, on doit se courber en permanence. On arrive devant un premier groupe de mineur chargĂ© de remplir les chariots avec de la roche extraite par d’autres mineurs. On monte d’un Ă©tage pour aller voir l’autre groupe : celui qui extrait : un mineur se trouve 150 mĂštres plus bas en train de creuser (marteau piqueur + dynamite) et envoie les roches dans un sceau Ă  travers un tunnel vertical de 150 mĂštres tractĂ© automatiquement. 2 mineurs vident le sceau dans un autre trou, qui arrive au niveau du groupe qui remplit les chariots.

On continue d’avancer dans les tunnels pour aller voir un autre groupe qui travaille de façon similaire mais avec traction manuelle ! Les mineurs tournent une manivelle pour faire remonter les sceaux. Quentin remplace un mineur pour vider les sceaux : au bout de 3 : complĂštement K.O, en sueur
 Eux font ça pendant des heures
. Julio nous indique de leur offrir les jus de fruits achetĂ©s au marchĂ©.

Notre visite se poursuit jusqu’au Tio, le diable des mineurs. ConsidĂ©rant qu’ils travaillent en enfer, ils font des offrandes au diable pour que celui-ci les protĂšge des dangers et les aide Ă  trouver des minĂ©raux. Tous les vendredis, les mineurs se retrouvent devant la statue du Tio pour fumer et s’enivrer, une façon d’oublier leur misĂ©rable condition


El tio

On prend ensuite le chemin du retour, et on est quand mĂȘme content d’en sortir ! On apprendra qu’aucun enfant (en thĂ©orie) ne travail dans la mine. Nous n’en avons vu aucun. Les plus jeunes ont 18-19 ans.

Julio a Ă  cƓur de nous montrer la fondation qu’il est en train de crĂ©er. Elle permettra de scolariser et (de nourrir!) les enfants de mineur. Car ici, la vie est Ă©videmment diffĂ©rente
 Les hommes vont Ă  la mine pour donner l’argent Ă  leur femme, en charge de cuisiner pour les enfants et de leur acheter des cartables, chaussures etc pour la rentrĂ©e scolaire. Ici, on vit au jour le jour, il est difficile de penser Ă  « demain ». Les mineurs souhaitent que leurs enfants ne fassent surtout pas ce mĂ©tier. Pour autant, ils sont trĂšs fiers de ce qu’ils font, travailler Ă  la mine c’est ĂȘtre brave, fort et viril (vous l’aurez compris, c’est un monde oĂč les femmes restent Ă  la maison).

En Bolivie, nous notons l’importance de l’éducation. Ici les pauvres sont Ă  la rue, mendient, dessinent, vendent quelques chocolats pour pouvoir se mettre quelque chose dans le ventre. Quand ils ont le temps, les enfants vont aux cours du soir. Mais il faut pouvoir penser Ă  « demain » pour suivre l’école. Certes, l’éducation n’est peut-ĂȘtre pas le bonheur, mais c’est la libertĂ©. La libertĂ© de choisir son avenir et d’en avoir un. Beaucoup de bolivien en veulent Ă  Evo Morales, car il fait des « cadeaux » (donne de l’argent par ci par lĂ ), mais ne fait rien pour l’éducation. Et les inĂ©galitĂ©s s’accentuent… On voit deux mondes : l’un qui regarde l’autre avec envie et l’autre qui vit sa vie pleinement en essayant de ne pas s’étouffer sous la culpabilitĂ© d’ĂȘtre nĂ© du bon cĂŽtĂ© (voir qui n’y pense mĂȘme pas).

Etre europĂ©ens dans tout ça, n’est pas toujours Ă©vident. On aimerait pouvoir aider tout le monde, et ils nous regardent comme si on le pouvait. Heureusement, les choses s’amĂ©liorent et en voyant comment elles se sont amĂ©liorĂ©es en France, on a un peu d’espoir pour eux.

Nous avons toute d’aprùs-midi de libre avant notre bus de nuit.

Nous sommes donc allĂ©s voir la maison de la monnaie (casa de la moneda), le monument phare de la ville et un des plus beaux musĂ©es d’AmĂ©rique du Sud. Le bĂątiment fut Ă©difiĂ© en 1753 pour y frapper les premiĂšres piĂšces d’argent. On dĂ©couvre au travers de la visite commentĂ©e l’évolution des piĂšces et des mĂ©thodes utilisĂ©es pour les crĂ©er, en partant de la fonte du mĂ©tal, jusqu’à la dĂ©coupe des piĂšces.

On repasse Ă  l’hĂŽtel prendre nos sacs avant de filer vers le terminal pour un Ă©niĂšme voyage de nuit.

Quelques photos du centre ville : 

5 rĂ©ponses Ă  “Potosi”

  1. IB dit :

    Vous ĂȘtes bien courageux pour ĂȘtre rentrĂ©s dans ces galeries…..!
    Merci pour toutes ces explications, trÚs intéressantes.
    Bisous et bonne continuation
    Passez un bon rĂ©veillon de jour de l’an

  2. Emmanuel dit :

    Votre rĂ©cit montre que vous avez eu raison d’aller visiter cette mine.
    On se croirait dans Germinal
    Comme quoi l’argent ne fait pas toujours le bonheur.😏

  3. P. & S.B dit :

    Impressionnant!

    En y allant, et en témoignant vous faites connaitre leurs conditions de vie, et sûrement contribuez à les améliorer.

    Dune de sable et mur de pierre ne retiendront guĂšre la goutte d’eau qui veut tomber pour se jeter dans la mer 😉

  4. CĂ©line HL dit :

    Bonne Année les voyageurs !!
    Que 2017 vous apporte encore plein de belles aventures en Amérique du Sud !!
    Et continuez Ă  nous faire partager !
    Bisous de nous 4

  5. Brice dit :

    Et bien, le genre de voyage qui marque et fait bien relativiser. Quentin, tu devrais rester bosser ici 🙂 (Pas que je ne veuille pas te revoir dans le coin!)

    TrĂšs sympa votre blog en tout cas, j’y viens rĂ©guliĂšrement! Bon dĂ©but d’annĂ©e 😀

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